La difficulté, ce n est pas de rêver, mais d accepter et de comprendre les rêves des autres (Zhang Xianliang)
27 janvier 2012
En bref :
- Angleterre pro-européenne
- Allemagne pro-allemande
- Chine pro-américaine
L’intervention de David Cameron au Forum de Davos nous a semblé pertinente même si elle reflète un peu la traditionnelle hypocrisie des gentlemen anglais.
Il a affirmé son attachement à l’Europe : « La Grande-Bretagne est membre de l Union européenne. Pas par défaut mais par choix » (hum, hum).
Il a dit aussi pourquoi son pays n’était pas entré dans l’euro : "Je ne suis pas de ces personnes qui pensent que les monnaies uniques ne peuvent jamais marcher. Regardez l Amérique ou le Royaume-Uni. Mais il y a un certain nombre de caractéristiques communes à toutes les unions monétaire réussies". Et de citer, une banque centrale commune qui se tienne solidement derrière le système financier et monétaire, l intégration économique la plus profonde possible avec la flexibilité nécessaire pour absorber les chocs économiques, mais aussi un système de transferts budgétaires et des euro-obligations afin de faire face aux tensions et déséquilibres entre les différents pays composant l Union.
Et le coup de grâce (plutôt juste tout de même) : « Malheureusement, ce n est pas que la zone euro n ait pas toutes ces caractéristiques, c est qu elle n a pas vraiment une seule d entre elles ».
Par ailleurs, le récent rapport de l’Organisation international du Travail OIT (on en a déjà parlé dans la Billet cette semaine) met en évidence que les problèmes structurels de la zone euro pourraient trouver leur origine dans la politique allemande de baisse des salaires menées il y a plus de dix ans, dans la foulée de la réunification, et qui a amené l’Allemagne a devenir un exportateur net important et doté de réserves significatives. Et les analystes reparlent de transferts : ou bien ce pays encourage la consommation intérieure pour aider ses voisins, ou bien elle assure le financement des états voisins en difficulté.
Nous allons entrer dans l’ère de l’hégémonie bienveillante allemande…
En extra, un texte de Michel Santi sur la Chine. A relier à la courbe de croissance exposée cette semaine dans le Billet. Tout cela semble bien ‘coordonné’.
De quoi méditer, tirer des traits, reconsidérer des opinions, durant ce weekend que nous vous souhaitons excellent.
EXTRA Michel Santi, le 27 janvier 2012. La Chine vacille.
Voilà dix-huit ans que la Chine a fait le choix de lier son économie à celle des Etats-Unis. De fait, après avoir subi des taux d’inflation à deux chiffres – 30% en 1994 ! -, la fixation du cours du Yuan par rapport au Dollar a permis de stabiliser l’économie chinoise. Il est vrai que la parité choisie à l’époque reflétait incontestablement les fondamentaux chinois et le niveau de compétitivité de ce pays. Le taux d’inflation modéré mais positif aux USA entre 1995 et 2004 combiné à des tarifs chinois à l’exportation en forte réduction (grâce à une main d’œuvre à bas prix) a très nettement favorisé la compétitivité chinoise au détriment de l’américaine. En même temps, la dollarisation de la gigantesque économie chinoise a créé une zone de sous-évaluation – la Chine – qui basculait progressivement vers l’inflation face à une zone où régnait la surévaluation – les Etats-Unis – vouée, elle, à la déflation.
L’appréciation de 18% entre 2005 et 2008 du Yuan par rapport au billet vert fut évidemment insuffisante car l’inflation chinoise devait en effet s’accélérer à des rythmes préoccupants pour atteindre 8% en 2008. Laquelle inflation devait par la suite décroître à la faveur de la crise mondiale, crise elle-même en grande partie causée par ces déséquilibres entre la Chine et les Etats-Unis… Toujours est-il que les stimuli chinois injectés massivement dans l’économie chinoise en 2009 et en 2010 additionnés au raidissement dès le milieu de l’année 2008 de la parité Dollar/Yuan furent couronnés de manière prévisible par une nouvelle fièvre inflationniste en Chine. C’est ainsi que cette inflation devait connaître une accélération spectaculaire puisqu’elle a en effet augmenté de 5.5% en une seule année, de Juillet 2009 à Juillet 2010 ! Par ailleurs, l’envolée des prix énergétiques et alimentaires (de l’ordre de 20%) consécutifs aux baisses de taux quantitatives mises en place aux Etats-Unis, confrontés de leur côté au spectre déflationniste, devait constituer le coup de grâce pour une économie chinoise qui subit dès lors une escalade de son taux d’inflation qui dépassait les 7% en 2011 ! En outre, les salaires en Chine augmentent de nos jours à une cadence – environ 10% par an – supérieure aux prix tandis que les salaires américains, eux, stagnent depuis plusieurs années.
De fait, la politique systématique de sous-évaluation des coûts activement recherchée par la Chine grâce au levier du contrôle strict de la parité du Yuan par rapport au Dollar est aujourd’hui incontestablement mise en échec. A cet égard, les Etats-Unis gagnent chaque année – voire chaque mois – davantage de compétitivité face à la Chine qui se rend compte que son inflexibilité sur le cours de sa monnaie n’était qu’un leurre ! Ce qui était effectivement récupéré sur ce terrain était sacrifié par ailleurs et de manière néfaste via la soupape inflationniste. Le modèle de croissance chinois entièrement tourné vers et redevable aux exportations se retrouve donc pour le moins menacé aujourd’hui et ce d’autant plus que les Etats-Unis (et avec eux bien-sûr l’Europe) seront naturellement forcés à réduire leurs importations dans le but de soulager leurs déficits massifs. Du reste, la croissance anémique mondiale escomptée cette année n’est qu’une composante des soucis à venir de la Chine qui serait également sinistrée – sur le plan inflationniste – en cas de reprise de l’activité mondiale. La zone de turbulences au sein de laquelle elle pénètre impose donc cette question : la Chine a-t-elle mangé son pain blanc ?

Posté par Marc Gilson le 27-01-2012
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