16 mai 2012
En bref :
- Il y a aussi des krachs obligataires
- Remontée, oui, mais pas trop vite
- Trouillomètre à zéro
Selon le site monargent.lecho.be, l’agence de notation Standard & Poor’s a calculé que, dans les 4 à 5 prochaines années, environ 30.000 milliards d’euros devront être refinancés sur le marché obligataire. Plus ou moins 30% de cette somme le seront par des entreprises européennes. L’agence de notation part du principe que la grande majorité de ces dettes sera refinancée via les banques ou via les marchés des capitaux. Mais elle craint qu’il n’y ait plus suffisamment d’espace pour le financement de la croissance. De plus, les banques centrales, toujours selon S&P, devraient disposer de marges de manœuvre plus étroites pour prévenir un krach obligataire.
Qu’est-ce qu’un krach obligataire ? Lorsque soudainement les taux d’intérêt remontent fortement, les obligations détenues en portefeuille perdent de la valeur puisqu’elles offrent un rendement inférieur. La perte de valeur est à peu près équivalente à la différence de taux multiplié par la durée. Si vous avez une obligation portant 3% d’intérêt pour une période 5 ans et que le taux actuel pour cette durée passe à 6%, la perte potentielle est donc de 15%, chiffre qui peut aussi être modifié par le simple jeu de l’offre et de la demande. En effet si le taux à 5 ans continue à monter en flèche et que c’est le scénario du marché, le prix de vente de votre obligation sera aussi impacté d’une sorte de coût d’opportunité. Une perte de valeur comparable à celle d’une catastrophe boursière…
C’est cela un krach obligataire : nous en avons connu quelques-uns fameux et pourtant la presse en a peu parlé et les porteurs d’obligation non plus. La raison est simple : si vous avez décidé de garder votre titre, vous êtes certain de retrouver votre capital à l’échéance et de toucher les coupons, les intérêts de 3% chaque année,… et de vous en contenter. Par contre, si vous détenez les titres dans un fonds de placement vous constaterez bien vite qu’il est impacté par une hausse des taux. Il faut se montrer patient ou changer tout de suite de stratégie.
Pour l’entreprise qui fait appel au marché ou à son banquier, la remontée des taux n’est pas une bonne affaire évidemment. Se financer coûte très cher et remet en cause alors bien des projets. Le risque de défaut augmente, ce qui rend l’investisseur encore plus exigeant C’est comme l’adaptation des prix de l’essence à la pompe, toujours rapide dans la hausse et lente dans la baisse…
Du point de vue macroéconomique, une remontée brutale des taux signifie une grande perte de confiance des prêteurs (les acheteurs d’obligation) envers les emprunteurs : ils demandent une prime de risque. C’est déjà le cas actuellement : un emprunteur noté AAA paye moins cher qu’un autre noté BBB (d’où l’importance des agences de notation qui estiment la confiance qu’il faut avoir dans la solvabilité des emprunteurs).
Mais nous parlons de remontée brutale, de krach.
Si les taux (longs, des échéances de 5 ans ou plus) remontent lentement et progressivement, c’est le signe que l’économie se porte de mieux en mieux et que pour lutter contre la surchauffe il faut mettre le frein des taux. C’est aussi le cas pour les taux à court terme pour lutter contre l’inflation.
Dans un monde idéal, le taux à trois mois est plus petit que celui à 6 mois, qui est plus petit que celui à 1 an, et ainsi de suite jusqu’à 20 ou 30 ans. Si on met ces taux sur un diagramme on peut y voir une droite plus ou moins pentue : les spécialistes surveillent le degré de cette pente autant que la hauteur de ses points bas et hauts.
Les politiques de nos dirigeants veillent à maintenir les taux court au plus bas pour aider l’économie. Les taux longs sont plutôt déterminés par les marchés, et ils sont historiquement très bas pour les bonnes signatures. On est en droit de s’interroger sur le seuil final qui sera atteint par le 10 ans allemand ou américain, ou japonais, ou suisse. En tout cas ces taux sont inférieurs à celui de l’inflation et chaque émission trouve facilement preneur. Et ce ne sont pas des idiots qui achètent tout de même.
Alors où est l’erreur ?
Cela signifie surtout que le baromètre de la crainte est à son maximum, hélas.
Bonne journée.
Marc Gilson

Posté par Marc Gilson le 16-05-2012
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